Rail dépressionnaire actif et pluies durables sur le sud de l’Europe

Contexte synoptique sur l’Atlantique Nord

La situation synoptique demeure particulièrement active ce mercredi 28 janvier 2026 à l’échelle de l’Atlantique Nord, comme l’illustre l’analyse de surface des services métrologiques espagnols. 

 La circulation générale reste dominée par une succession de minimums dépressionnaires bien structurés qui sont organisés le long d’un rail perturbé positionné relativement bas en latitude cette année pour un mois de janvier.

Source https://www.aemet.es/fr/eltiempo/prediccion/mapa_frentes 

La tempête Chandra désormais engagée dans une phase de comblement relatif sur le nord de l’Atlantique cède progressivement son rôle moteur à un nouveau minimum principal Joseph. 

Ce dernier centré plus au sud va structurer le flux océanique en direction de l’Europe de l’ouest au cours des prochains jours. Cette dépression conserve une trajectoire sensiblement méridionale avec un flux de sud-ouest soutenu sur l’ensemble des façades atlantiques. 

 Ce positionnement du courant perturbé favorise une advection continue d’air doux et humide en provenance de l’Atlantique subtropical.

En parallèle dans le prolongement du thalweg principal associé à Joseph, un minimum secondaire, Kristin s’est enfoncé durant la nuit vers la péninsule Ibérique. Ce système a généré un épisode pluvieux marqué sur les régions exposées au flux, en particulier sur les reliefs.

Analyse et mécanismes

La signature humide associée au passage de la perturbation liée à la tempête Chandra est désormais clairement identifiable sur le sud-est de la France. Les observations confirment la mise en place d’un couloir pluvieux bien structuré, alimenté par un flux de sud à sud-ouest, canalisant une masse d’air particulièrement riche en humidité vers les reliefs exposés. Les cumuls sur 24 heures atteignent des niveaux significatifs, avec une nouvelle fois le département du Var fortement concerné, tandis que la Corse n’est pas en reste, enregistrant localement plus de 140 mm en 24 heures sur ses reliefs.

Données Meteologix (https://meteologix.com) - Illustration Weather’n’Co (https://www.weathernco.com)  

Dans le même temps, la dépression Kristin, d’origine subtropicale, déverse depuis la nuit précédente de fortes précipitations sur la péninsule Ibérique. L’advection humide, profonde et continue, se montre particulièrement efficace sur le nord-ouest de l’Espagne, où des cumuls de l’ordre de 120 à 140 mm sont observés, voire davantage sur les secteurs les plus directement exposés au flux. Cette efficacité pluviométrique s’inscrit dans un contexte synoptique pourtant classique en surface, soulignant le rôle prépondérant de la structure verticale de la masse d’air.

Les champs de contenu en eau précipitable (PWAT) confirment en effet la persistance d’une masse d’air exceptionnellement humide sur l’ouest de la Méditerranée et le sud de l’Europe. Cette signature humide apparaît remarquablement bien organisée sur la verticale, depuis l’Atlantique subtropical jusqu’aux latitudes tempérées, garantissant une alimentation continue des systèmes dépressionnaires. L’enchaînement de Chandra, Kristin, avec Joseph en toile de fond sur l’ouest de l’Irlande, illustre le rôle central d’un rail dépressionnaire actif, piloté par un jet puissant circulant à latitude anormalement basse. La durée et la répétition des forçages, combinées à la profondeur de l’alimentation humide en provenance du sud de l’Atlantique, expliquent des précipitations globalement très conséquentes à l’échelle régionale.

Petit précis de mécanique atmosphérique

Lorsqu’une dépression se creuse et se structure, son rôle ne se limite pas à la génération de vent et de précipitations en surface. Elle agit comme un véritable vecteur de transport d’énergie, à la fois horizontal et vertical, au sein de l’atmosphère.

Deux processus: 

Transfert de chaleur 

Il s’opère par l’aspiration d’air doux et humide en provenance des basses latitudes subtropicales, redistribué vers le nord et injecté dans la colonne atmosphérique jusqu’en altitude. 

Cette advection chaude renforce les contrastes thermiques en altitude et alimente la baroclinie, moteur fondamental de la dynamique dépressionnaire.

Données Meteologix (https://meteologix.com) - Illustration Weather’n’Co (https://www.weathernco.com)  

Une masse d’air exceptionnellement riche en humidité est advectée depuis l’Atlantique subtropical, avec des valeurs de PWAT nettement excédentaires. 

Cette alimentation continue avec le flux de sud-ouest et le relief favorise des cumuls significatifs sur 36 heures localement marqués sur les reliefs. 

Données Meteologix (https://meteologix.com) - Illustration Weather’n’Co (https://www.weathernco.com)  

Des pluies qui vont s'ajouter aux cumuls des dernières 24 heures 

Données Meteologix (https://meteologix.com) - Illustration Weather’n’Co (https://www.weathernco.com)  

Transfert de moment cinétique

Il joue un rôle tout aussi déterminant. Les vents rapides des basses couches et de la moyenne troposphère injectent de l’énergie mécanique vers les niveaux supérieurs, ce qui renforçent les vents d’altitude et donc la dynamique du jet stream. 

Dans ce schéma, la dépression ne se contente pas d’être pilotée par le jet : elle contribue activement à son maintien et à son renforcement.

Eddy Driven

Cette configuration illustre parfaitement le concept de jet polaire de type “eddy-driven”. Contrairement à une vision purement thermique du jet, uniquement contrôlée par le gradient de température entre tropiques et pôles, le jet observé actuellement est largement soutenu par l’activité dépressionnaire elle-même. Les tourbillons dépressionnaires (eddies) transfèrent chaleur, énergie et moment cinétique, permettant au jet de s’auto-entretenir, tant dans sa puissance que dans sa persistance sur des périodes inhabituellement longues.

À la lecture de l’évolution de la tempête Kristin, chaque passage dépressionnaire agit ainsi comme une véritable pompe à énergie subtropicale qui injecte de l’énergie dans la circulation d’altitude et consolide le jet à son tour.

Dynamique de creusement explosif : le cas Kristin

Données Meteologix (https://meteologix.com) - Illustration Weather’n’Co (https://www.weathernco.com)  

Sur le plan barométrique, la dynamique de Kristin est particulièrement illustrative une nouvelle fois d'un creusement très rapide avec une pression passant de 989 hPa le mardi 27 janvier à 18 h TU à 977 hPa le mercredi 28 janvier 2026 à 04 h TU, soit une chute de pression de 12 hPa en 10 heures. Cette baisse traduit une dynamique très efficace cohérente avec le contexte de forçages d’altitude 

Rédigé par Yann Amice le 28/01/2026 à 14:18, dernière modification le 28/01/2026 à 14:45