Point de situation El Nino 8 juin 2026
🔴 Point de situation ENSO
La plume saisonnière ECMWF SEAS5 initialisée au 1er juin 2026 confirme ce que les mises à jour successives du printemps laissaient progressivement entrevoir. Le signal El Niño, encore discuté en mars, robuste en avril, renforcé en mai, entre désormais dans une phase de consolidation qui modifie sensiblement la lecture du risque climatique pour la seconde moitié de 2026.
Le mur de prévisibilité printanier (ENSO spring barrier ) cette limite méthodologique bien connue, durant laquelle les modèles perdent en cohérence et les signaux peuvent être amplifiés ou annulés est désormais derrière nous.
Ce franchissement n'est pas anodin, il signifie que les projections actuelles s'appuient sur un couplage océan-atmosphère déjà engagé, et non plus sur une simple extrapolation des anomalies de surface.
Ce que dit la plume ECMWF du 1er juin
C'est probablement le produit le plus instructif de cette mise à jour.
L'ECMWF SEAS5 est reconnu pour sa tendance à la prudence sur les phases d'amplification rapide d'ENSO. Son approche est très conservatrice.
Ce n'est pas un défaut c'est une propriété calibrée, reflet de la difficulté structurelle à anticiper les couplages rapides entre océan et atmosphère.
Les modèles nord-américains du NMME ont historiquement eux tendance à projeter des amplitudes plus fortes, plus tôt.
Or, dans la plume du 1er juin, la majorité des membres ECMWF se situent au-dessus du seuil +2°C dès le mois de septembre, avec une concentration marquée dans les catégories Fort à Très Fort sur toute la fenêtre automne et hiver.
Plusieurs membres dépassent ponctuellement +3°C ( plus de 70% quand même)
Depuis mars, l'évolution est lisible mais en juin on franchit une nouvelle étape
- Juin : consolidation du risque d'un événement majeur, spread contenu
Le graphique IRI/CCSR du mois de mai agrège l'ensemble des modèles dynamiques et statistiques internationaux disponibles.
La dispersion sur l'intensité reste réelle et certains membres projettent des anomalies proches de +3°C dès l'automne, d'autres se montrent plus modérés mais un élément frappe immédiatement :
aucun modèle ne projette un retour en phase neutre. La moyenne dynamique et la moyenne statistique convergent toutes deux vers un pic situé entre +1,8°C et +2,2°C
sur la fenêtre octobre/décembre 2026. Ce niveau correspond à un El Niño de catégorie fort à très fort selon la classification opérationnelle.
Pour rappel les classifications
Source : https://www.weathernco.com/cours_meteo/cours_meteo_elnino.html
Prévisions Multi modèles IMME
Source : https://www.cpc.ncep.noaa.gov/products/NMME/current/plume.html
La question n'est donc plus celle de la formation de l'événement. La question devient : quelle sera son intensité finale ?
Source : https://www.weathernco.com/index_sst_monde.html
C'est ici que se situe l'élément le plus déterminant, et probablement le moins bien appréhendé. Les épisodes de référence de
1997 -1998
2015 - 2016
se sont développés dans un climat déjà chaud mais sur un système océanique dont le niveau thermique moyen était inférieur à celui observé aujourd'hui. Depuis plusieurs années :
- les SST mondiales évoluent sur des niveaux records sans précédent
- le contenu thermique océanique atteint des sommets ;
- la Méditerranée, l'Atlantique Nord et plusieurs bassins tropicaux présentent des anomalies persistantes et durables.
De façon globale le support thermique des océans ( plus de 70.8 % de la surface terrestre) est déjà présent avant même l'expression complète d'El Niño.
Cela ne signifie pas que 2026 - 2027 deviendra un événement supérieur à 1997 ou 2015. En revanche, cela signifie qu'El Niño pour 2026 se développe dans un système climatique
dont le niveau énergétique de base est plus élevé que lors des épisodes historiques de référence.
Ce que nous apprend la physique à ce propos
Deux mécanismes à garder à l'esprit.
D'une part, dans un climat plus chaud, l'atmosphère peut contenir davantage de vapeur d'eau. C'est la relation de Clausius-Clapeyron.
Cela augmente l'énergie disponible et renforce le potentiel d'extrêmes hydrologiques puisque les masses d'air peuvent transporter plus d'eau. Donc les épisodes de précipitations intenses seront potentiellement au rendez vous..
D'autre part, l'élévation du niveau thermique modifie les équilibres de circulation atmosphérique.
Certaines configurations peuvent devenir plus persistantes et favoriser des situations de blocage et de fait des vagues de chaleur durables.
Les travaux récents sur les doubles jets eurasiens (https://www.nature.com/articles/s41467-022-31432-y) suggèrent que ces mécanismes contribuent à l'intensification des extrêmes de température observés en Europe.
Scientifiquement, la prudence reste de mise. Mais le scénario d'un événement très fort est aujourd'hui nettement plus crédible qu'il y a trois mois.
Affirmer qu'un super El Niño est acquis resterait prématuré. Plusieurs inconnues persistent
- l'intensité exacte du pic, encore incertaine avec une fourchette d'évolution
- Le timing précis du maximum qui conditionne la réponse atmosphérique pour l' hiver sur l'Europe ;
- le couplage atmosphérique effectif : un El Niño bien établi ne génère pas automatiquement une réponse proportionnelle de la circulation de Walker.
Donc le risque d'un El Niño fort à très fort augmente significativement, tandis que la probabilité d'un scénario exceptionnel n'est plus marginale.
Suivi du contenu thermique des océans ici Méditerranée & Monde
https://www.weathernco.com/index_sst_med.html
https://www.weathernco.com/index_sst_monde.html
Lexique des différents Modéles
https://www.weathernco.com/cours_meteo/index_lexique_modeles_enso.html
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